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Monologues dramatiques

Un monologue dramatique ne demande pas des larmes, il demande une décision. Celui qui parle veut quelque chose de précis, tout de suite, et le texte est sa dernière tentative. Joue ça, et l’émotion arrive toute seule ; joue l’émotion, et il ne reste plus rien à jouer.

Les textes réunis ici tiennent tous sur une situation qu’on comprend en deux phrases : une chaise vide à table, une lettre qu’on n’ouvre pas, un départ qu’on ne retient pas. Aucun ne demande de connaître une pièce entière pour être joué.

Ce sont les plus exigeants de la bibliothèque en souffle et en tenue. Leur niveau est annoncé sur chaque fiche : commence par un « intermédiaire » si tu découvres le registre.

Les 12 textes en un PDF

Dans cette sélection

12 textes

Ce qui reste

  • Drame
  • Monologue
  • 2 min
  • Rôle féminin
  • Adulte
  • Intermédiaire

(Elle range ses affaires dans un sac, sans se presser.)

MOI

Ne dis rien. S’il te plaît. Pas maintenant, pas avec cette voix-là.

J’ai passé des années à traduire tes silences. Je suis fatiguée d’avoir toujours raison trop tard.

Tu crois que je pars en colère. Non. La colère, elle, voulait rester.

Ce qui s’en va ce soir, c’est l’espoir. Et l’espoir ne claque jamais la porte ; il s’éteint.

(Elle s’arrête sur le seuil.)

MOI

Prends soin de toi. C’est la dernière chose tendre que je te dois.

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La lettre

  • Drame
  • Monologue
  • 1 min
  • Rôle masculin
  • Adulte
  • Débutant

(Quelqu’un tient une feuille pliée, qu’il n’ouvre pas.)

MOI

Tu écrivais toujours au crayon. « Comme ça, on peut revenir en arrière », tu disais.

J’ai gardé la dernière. Je ne l’ai jamais ouverte. Tant qu’elle est pliée, tu n’as pas fini ta phrase.

Les gens me disent de tourner la page. Mais celle-là, je n’ai même pas lu la première ligne.

(Il passe le pouce sur le pli, sans l’ouvrir.)

MOI

Aujourd’hui, peut-être. Ou demain. Tu m’as appris qu’au crayon, rien n’est jamais tout à fait définitif.

Alors je vais lire. Et si ça fait trop mal, je gommerai le chagrin, pas toi.

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La reine

  • Drame
  • Monologue
  • 3 min
  • Rôle féminin
  • Adulte
  • Avancé

(Une salle du trône, vide. Une femme reste debout, seule.)

MOI

Ils sont partis comme on quitte une pièce où la lampe vient de mourir. Sans bruit. Sans un regard pour la lampe.

J’ai régné vingt ans. Vingt ans à décider qui mangeait, qui attendait, qui vivait.

Et ce matin, un garçon que j’ai fait nommer m’a dit « Madame » au lieu de « Majesté ». Un mot. Tout un règne tient dans un mot qu’on retire.

On croit que le pouvoir, c’est la couronne. Non. C’est le silence des autres quand on entre. Ce silence-là, je ne l’entends plus.

Mes conseillers pèsent déjà mon nom comme on pèse une viande qui tourne.

J’ai signé des grâces. J’ai signé des morts. Les deux de la même encre, de la même main qui ne tremblait pas.

Qu’on ne vienne pas me parler de regret. Le regret, c’est le luxe de ceux qui n’ont jamais eu à choisir.

(Elle pose la main sur le trône, sans s’asseoir.)

MOI

Je ne m’assoirai pas. S’asseoir maintenant, ce serait mendier une dernière fois la place.

Je vais sortir par la grande porte. Droite. Pour qu’ils se souviennent qu’on ne m’a pas fait tomber. Je suis descendue.

Et si l’Histoire veut m’oublier, qu’elle essaie. J’ai écrit trop de pages avec leur sang pour qu’elle tourne facilement.

(Elle quitte la salle sans se retourner.)

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L’adieu au fils

  • Drame
  • Monologue
  • 3 min
  • Rôle féminin
  • Senior
  • Avancé

(Un seuil, à l’aube. Une mère parle à un fils qui s’apprête à partir.)

MOI

Ne te retourne pas trop vite. Laisse-moi le temps de garder ton dos en mémoire. C’est ce qu’il me restera le plus longtemps.

Je ne vais pas te dire d’être prudent. Tu ne le seras pas, et je t’aurais menti pour finir.

Je vais te dire autre chose : reviens en entier. Pas seulement vivant. En entier. Avec ton rire idiot et ta façon de claquer les portes.

La guerre rend les gens économes. Ils reviennent en gardant tout pour eux. Toi, dépense. Reste dépensier de toi-même.

(Elle resserre le col du manteau du fils.)

MOI

J’ai cousu quelque chose dans la doublure. Non, ne cherche pas. Ce n’est pas un porte-bonheur. C’est juste pour que tu saches que mes mains sont parties avec toi.

Quand tu auras peur, et tu auras peur, touche la couture. Tu ne seras pas brave. Tu seras accompagné. Ce n’est pas pareil, et c’est mieux.

Je ne pleurerai pas maintenant. Je me garde ça pour quand la porte sera fermée. Chacun son intimité.

Va. Le jour t’attend et il a une longueur d’avance.

(Le fils s’éloigne. Elle lève la main, sans l’agiter.)

MOI

…Reviens en entier. C’est le seul ordre que je t’aurai jamais donné.

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Être ou ne pas être

  • Drame
  • Monologue
  • 2 min
  • Rôle masculin
  • Jeune adulte
  • Avancé

HAMLET

Être, ou ne pas être : telle est la question.

Y a-t-il plus de noblesse à subir les flèches d’une fortune outrageante,

ou à prendre les armes contre une mer de tourments, et à les finir en s’y opposant ?

Mourir : dormir ; rien de plus ; et par ce sommeil, dire que nous éteignons les peines du cœur et les mille blessures dont la chair est l’héritière.

Mourir, dormir ; dormir : rêver peut-être : ah, voilà l’obstacle.

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Ô rage, ô désespoir

  • Drame
  • Monologue
  • 2 min
  • Rôle masculin
  • Senior
  • Avancé

DON DIÈGUE

Ô rage ! ô désespoir ! ô vieillesse ennemie !

N’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ?

Et ne suis-je blanchi dans les travaux guerriers

Que pour voir en un jour flétrir tant de lauriers ?

Mon bras, qu’avec respect toute l’Espagne admire,

Mon bras, qui tant de fois a sauvé cet empire,

Trahit donc ma querelle, et ne fait rien pour moi ?

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La chaise vide

  • Drame
  • Monologue
  • 2 min
  • Rôle masculin
  • Adulte
  • Intermédiaire

MOI

Tu vois cette chaise ? Personne ne s’y assied plus. Mais moi, chaque soir, je mets le couvert. Deux assiettes. Comme avant.

Je sais. Tu me dirais d’arrêter. Que ça ne sert à rien. Que les morts n’ont pas faim et que les vivants doivent manger. Tu avais toujours raison, c’était insupportable.

Le pire, ce n’est pas ton absence. C’est tout ce que je découvre sur toi maintenant que tu n’es plus là pour te défendre. Les gens parlent. Ils croient me consoler. Ils me rendent étranger l’homme avec qui j’ai vécu vingt ans.

J’ai gardé ta veste. Elle sent encore un peu. De moins en moins. Un jour elle ne sentira plus rien, et ce jour-là, je crois que je te perdrai vraiment.

Alors je repousse ce jour. Je ne lave pas la veste. Je mets deux assiettes. Je te parle. Et si c’est ça, être fou, alors d’accord : je préfère être fou avec toi que raisonnable sans toi.

Mais ce soir… ce soir je vais ranger la deuxième assiette. Une seule fois. Pour voir. Pour voir si je tiens debout. Juste pour voir.

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Ce que je n’ai pas dit

  • Drame
  • Monologue
  • 1 min
  • Sans marque de genre
  • Adulte
  • Intermédiaire

MOI

Non. Reste assis. Pour une fois, c’est moi qui parle.

Tu as passé des années à me couper. À finir mes phrases. À décider que ce que je pensais n’avait pas d’importance. Et le plus fort, c’est que j’ai fini par le croire.

Je ne crie pas. Tu voudrais que je crie, ça t’arrangerait : tu pourrais dire que je suis à cran, et t’en aller. Alors je ne crie pas.

Je te dis juste, calmement, en te regardant dans les yeux : c’est fini. Pas dans un éclat. Pas dans un drame. Juste fini. Comme une lampe qu’on éteint en sortant d’une pièce où plus personne ne vit.

Voilà. C’est tout ce que j’avais à dire. Et tu sais quoi ? Ça faisait dix ans que je le préparais, et ça n’a pris qu’une minute.

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Debout

  • Drame
  • Monologue
  • 3 min
  • Rôle masculin
  • Adulte
  • Avancé

MOI

On m’a dit que je ne m’en relèverais pas. On me l’a dit gentiment, avec ces voix douces qu’on prend pour annoncer les catastrophes. « Repose-toi. Accepte. Fais le deuil. » Le deuil de quoi ? De moi ?

J’ai passé six mois allongé. Six mois à regarder le plafond décider de ma vie à ma place. Le matin, quelqu’un ouvrait les rideaux ; le soir, quelqu’un les fermait ; et entre les deux, il ne se passait rien, parce que rien, c’est tout ce qu’on attendait de moi.

Et puis un jour, un jour banal, un mardi je crois, j’ai eu envie d’un verre d’eau. Pas qu’on me l’apporte. Le chercher. Moi. Traverser la pièce sur mes deux jambes qui ne m’obéissaient plus.

J’ai mis vingt minutes pour trois mètres. Je suis tombé deux fois. La deuxième, je suis resté par terre un long moment, et là, contre le carrelage froid, j’ai compris quelque chose : personne ne viendrait me relever pour de bon. On peut me tendre la main mille fois ; le dernier centimètre, celui qui décide, il est à moi.

Alors je me suis relevé. Pour un verre d’eau. Ridicule, non ? Un homme qui pleure de joie devant un verre d’eau.

Depuis, je tombe encore. Souvent. Mais j’ai appris la seule chose qui compte : ce n’est pas de ne jamais tomber. C’est de faire du sol un endroit d’où l’on repart, et non un endroit où l’on s’installe.

Vous pouvez me plaindre. Vous pouvez douter. Faites. Pendant ce temps, moi, je marche. Un pas. Puis l’autre. Et chaque pas est une réponse à tous ceux qui avaient écrit ma fin avant moi.

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Le dernier train

  • Drame
  • Monologue
  • 2 min
  • Sans marque de genre
  • Adulte
  • Intermédiaire

MOI

Il te reste quatre minutes. Ne dis rien. Je connais déjà tout ce que tu vas dire, et je préfère le silence : ta voix, je l’emporterai plus facilement que tes mots.

Tu pars, et c’est bien. C’est ce qu’il faut. Je ne te retiendrai pas ; retenir quelqu’un, c’est déjà commencer à le perdre.

Je voulais juste te montrer, pas te dire, te montrer, que pendant toutes ces années, tu as été la seule chose douce dans une vie qui ne l’était pas beaucoup. Tu ne le savais peut-être pas. Moi non plus, d’ailleurs, avant ce quai.

Va. Monte. Prends la place près de la fenêtre, tu aimes regarder défiler les choses. Et quand le train partira, ne te retourne pas. Si tu te retournes, je souris ; si tu ne te retournes pas, je souris aussi. Dans les deux cas, tu m’auras laissé de quoi tenir longtemps.

Allez. Trois minutes. File. Et sois heureuse, entends-tu ? Sois scandaleusement, insolemment heureuse. C’est le seul service que je te demande, à moi qui ne t’ai jamais rien demandé.

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Ce que tu m’as pris

  • Drame
  • Monologue
  • 2 min
  • Rôle masculin
  • Adulte
  • Avancé

MOI

Tu crois m’avoir ruiné. Regarde-moi bien. Le costume est le même, les chaussures ont un trou, et je souris. On ne sourit pas ainsi quand on est ruiné.

Tu m’as pris l’entreprise. Prends-la. Tu m’as pris la maison, la voiture, jusqu’aux amis qui, tiens donc, se sont découverts très occupés le jour où mon compte s’est vidé. Prends tout ça aussi. Ce n’était pas moi.

Ce que tu ne peux pas prendre, c’est la seule chose que tu aies jamais vraiment voulue : le respect que les gens avaient pour moi et qu’ils n’ont jamais eu pour toi. Ça ne s’achète pas, ça ne se saisit pas, ça ne se transfère pas par acte notarié.

Tu as gagné de l’argent. J’ai gardé mon nom. Dans dix ans, on verra lequel des deux valait mieux.

Maintenant sors. C’est encore ma dignité, ici, et là, tu n’entreras pas.

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Formidable

  • Drame
  • Monologue
  • 1 min
  • Sans marque de genre
  • Adulte
  • Débutant

MOI

Formidable. Vraiment. Tu choisis ce soir-là. Le soir où, pour une fois, j’avais préparé quelque chose. Le timing, chez toi, c’est un art.

Non, non, continue. Explique-moi. J’adore ce moment. Le moment où tu m’expliques, avec cette petite voix raisonnable, pourquoi ce qui est en train de m’arriver est en réalité pour mon bien.

C’est fou comme tout est toujours pour mon bien. Ma patience aussi, sans doute, était pour mon bien. Et mon silence. Et ces années. Tout ça, pour mon bien.

Alors merci. Sincèrement. Grâce à toi, j’ai appris une chose précieuse : je sais maintenant reconnaître un adieu déguisé en cadeau. C’est un talent rare. Je te le dois. À bientôt. Ou pas.

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Certains textes de ce recueil sont du domaine public (Être ou ne pas être, Ô rage, ô désespoir) : ceux-là n’appartiennent à personne, aucune autorisation n’est à demander, pour aucun usage.

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