(Une salle du trône, vide. Une femme reste debout, seule.)
MOI
Ils sont partis comme on quitte une pièce où la lampe vient de mourir. Sans bruit. Sans un regard pour la lampe.
J’ai régné vingt ans. Vingt ans à décider qui mangeait, qui attendait, qui vivait.
Et ce matin, un garçon que j’ai fait nommer m’a dit « Madame » au lieu de « Majesté ». Un mot. Tout un règne tient dans un mot qu’on retire.
On croit que le pouvoir, c’est la couronne. Non. C’est le silence des autres quand on entre. Ce silence-là, je ne l’entends plus.
Mes conseillers pèsent déjà mon nom comme on pèse une viande qui tourne.
J’ai signé des grâces. J’ai signé des morts. Les deux de la même encre, de la même main qui ne tremblait pas.
Qu’on ne vienne pas me parler de regret. Le regret, c’est le luxe de ceux qui n’ont jamais eu à choisir.
(Elle pose la main sur le trône, sans s’asseoir.)
MOI
Je ne m’assoirai pas. S’asseoir maintenant, ce serait mendier une dernière fois la place.
Je vais sortir par la grande porte. Droite. Pour qu’ils se souviennent qu’on ne m’a pas fait tomber. Je suis descendue.
Et si l’Histoire veut m’oublier, qu’elle essaie. J’ai écrit trop de pages avec leur sang pour qu’elle tourne facilement.
(Elle quitte la salle sans se retourner.)